Allaitements d’ailleurs : Aleyna, bloggeuse allaitante au Sénégal

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coussin allaitement senegal

Tu as continué d’allaiter ton second fils à ton arrivée au Sénégal, raconte-nous comment l’allaitement est perçu là-bas

A ma grande surprise, l’allaitement ici n’est pas aussi naturel et évident que je le pensais (du moins dans le milieu dans lequel la famille de mon mari évolue, un milieu assez aisé)
Je partais dans l’idée que je n’aurais aucune remarque si je désirais allaiter mon fils aussi longtemps que bon me semble.

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J’ai du essayer bon nombre de remarques sur le fait qu’à partir de trois mois l’allaitement ne « sert » plus à rien ou encore sur le fait qu’il ne faut SURTOUT pas allaiter à la demande, je mettais mon fils trop souvent au sein.

J’ai également rencontré un autre problème quand j’ai annoncé ma grossesse, je devais absolument arrêter d’allaiter sur le champ, à mes interrogations, car des questions j’en avais à ce sujet, je n’ai eu comme réponse, que des « ici, c’est comme çà » ou des « c’est culturel on ne doit pas continuer à donner le sein quand on est enceinte » et le plus étonnant c’est que ces réponses venaient de pédiatres ou de gynécologues. Bien entendu je n’en ai fait qu’à ma tête et j’ai continué à lui donner le sein jusqu’à ce qu’il en décide autrement.

Le fait que ce ne soit pas aussi évident que ça a soulevé quelques interrogations chez moi et j’ai cherché à me renseigner sur l’allaitement au Sénégal, car bien que près de 100% des femmes allaitent leur nouveau-né via un coussin d’allaitement comme ceux présents sur ce site, elles abandonnent bien vite au profit des préparations artificielles, ce qui cause énormément de soucis à cause de l’eau qu’elles utilisent pour préparer les biberons dans les villages notamment.
Une des premières causes de mortalité infantile au Sénégal est la diarrhée souvent provoquée par l’eau non filtrée que boivent les bébés.
Depuis une vingtaine d’années se tient la semaine nationale de l’allaitement maternel pour sensibiliser les femmes Sénégalaises car l’allaitement est mis à mal par de nombreuses croyances socioculturelles néfastes qui engendrent des pratiques comme la mise au sein tardive ou encore le rejet du colostrum, ou l’administration précoce d’eau et d’aliment avant les six mois qui suivent la naissance ou encore l’arrêt précoce de l’allaitement.

Dans un pays ou il est fréquent de voir une femme dans la rue nourrir son enfant au sein il est paradoxal de s’apercevoir qu’il est nécessaire et ce depuis 1992 de devoir chaque année informer les femmes sur les bienfaits de l’allaitement maternel.

Ici, nous tentons d’aider les femmes à allaiter discrètement. Qu’en est-il au Sénégal ? Est-ce que les femmes se cachent ou, au contraire, est-ce que les femmes continuent de porter leurs vêtements de tous les jours pour allaiter ?

Au Sénégal les femmes s’habillent pour la plupart en faisant faire leur tenues que ce soit celles de tout les jours où celles des grandes occasions chez un tailleur et ce qui m’a fortement étonné c’est qu’apparemment aucunes d’entre elles n’aient eu l’idée de demander à leur tailleur de leur faire une ouverture spéciale pour qu’elles puissent allaiter leur enfant en toute discrétion.
Pour mettre son enfant au sein ici on fait comme on peut, en passant le sein par-dessus une tenue trop serrée, en le passant par la manche large d’un boubou, en soulevant son haut sans aucune gène de laisser dépasser un bout de ventre ou un bourrelet très maternel …bref on fait comme on peut comme on veut et on ne se cache pas et çà c’est une liberté incroyable.
Aucun regard pervers ou insistant, c’est naturel et sain pas besoin de s’inquiéter du regard des autres.

Tu viens de mettre au monde ton troisième enfant, une petite fille. Comment as-tu vécu cette grossesse dans ce nouveau pays ? T’a-t-on épaulée pour la mise en place de ton allaitement ?

J’ai vécu ma grossesse ici avec la peur au ventre, peur du système médical, peur qu’il m’arrive quelque chose, qu’il y ait un problème avec le bébé, mes recherches sur la mortalité maternelle et infantile ont achevé de développer chez moi une paranoïa aiguë sur le sujet ! Depuis Google n’est plus mon ami.
J’avais également peur de ne pas trouver l’endroit où j’accoucherai, ici tout est payant et ce n’est pas facile de trouver les bons médecins.
Et puis tout s’est bien passé, j’ai fini par trouver une très bonne gynécologue à mon 6ème mois de grossesse et une clinique où accoucher.
En ce qui concerne l’allaitement , une croyance populaire fait que l’on ne doit pas mettre le bébé au sein à la naissance , j’ai du un peu batailler pour faire comme bon me semblait et j’ai eu gain de cause , par contre aucune aide, aucun soutien ne m’a été proposé (je n’ai pas le souvenir qu’on m’ait demandé si je voulais allaiter ou donner le biberon ), pendant les quelques heures passées à la clinique (je suis rentrée le soir même) personne n’est venu voir comment çà se passait , je suis restée seule toute la journée en tête à tête avec ma fille.

Aujourd’hui, comment vois-tu cette nouvelle vie au Sénégal ?

Après une grossesse et un accouchement et presque une année passée au pays de la Terranga j’appréhende la vie ici avec plus d’enthousiasme, même si c’est encore difficile pour moi de me sentir chez moi, je sais que çà prendra le temps que çà prendra mais je finirais par être une vraie Dakaroise . Autre continent, autre mentalité, autre vie, et même si mon « intégration » est plus lente que ce que je pensais j’ai confiance en l’avenir.

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